02/10/2005

Le Téléphone

Faites-moi le plaisir doux enfants, de vous donner entièrement. Ne mentez pas, pleurez, riez, il ne faut alors plus nuancer, elle est l’essence du décor, soyez des exagérés du sacre. Aimez-vous fort, faites-vous mal en vous serrant, que l’un ou l’autre sente son cœur froissé, que l’un ou l’autre vienne lisser le pauvre organe… Que vos voix tremblent dans l’humidité d’une chaude larme, dans le son déchirant d’un sanglot, pincez-vous au sang, énervés ou excités. Soyez insomniaques de frustration, d’éloignement, retournez-vous dans vos draps froids et constatez le vide qui n’effraie pas tant il est éphémère. Noyez-vous dans le vin de la passion outrageante, déroute… Et perdez-vous dans les chemins vicieux de la séduction timide, soyez excessifs dans votre retenue, que la sueur de l’envie vienne brûler et rougir le blanc vierge de vos yeux solitaires. Dites-vous « oui » ou dites-vous « non », plaisez-vous à vous ébouillanter de la salive que l’on garde pour soi par obligation, déglutissez-la avec peine, tentant d’évacuer le moment fort, intense. Que la colère du sentiment érotique vous resserre jusqu’à l’étranglement de la conscience servile. Que ce soir vous succombiez à la rêverie solitaire, adonnez-vous à elle charnellement, que son encens vienne bercer vos songes insignifiants, passez une nuit baroque, chargée et que l’artifice vous emplisse à foison. Il est temps d’étouffer dans les tissus mordorés que sont les bras du sacre de l’union. Enivrez-vous de substances corporelles qui donnent le vertige, il va falloir se perdre dans le nouveau monde, celui qui ne présente aucune limite, aucune frontière, aucun repère, le vrai monde, celui qui ne nous charrie pas dans le flux dégoûtant du passé et qui n’exige pas l’intentionnalité prosaïque ! Le projet, la vie au futur, cessez de penser que demain n’est pas le même jour qu’aujourd’hui, si tout change c’est parce qu’il y avait des choses, faites-en abstraction, oubliez l’ancien monde, celui des autres, oubliez les autres, enfoncez-vous confortablement dans le nouveau « je », le vôtre, celui qui respecte votre unicité, votre liberté, celui qui écrase par son talent magnanime le pauvre petit mot ridicule et barbare qu’est la confiance, le doute n’existe plus, tout est désormais plein de ce que vous désirez voir, voir la nouvelle révolution, celle qui vous ébranle tant, que vous vous retrouvez nus en un quart de temps mais qui vous montre que cette nudité n’a rien d’impudique, les autres ne la remarquent que si vous le leur dites. Passez alors pour des fous, pour des marginaux, ou mieux, comble de la considération, que l’on vous traite méchamment de « pauvres utopistes », l’utopiste st celui qui comprend qu’on ne doit pas vivre dans le même monde. Car le monde est un tout grossier de petits bâtards si nobles parfois. Alors couronnez-vous, de dires, de mots uniques, rappelez leur aspect hors du commun, ne soyez pas déçus de ne pas être étonnés par la vie, l’étonnant réside dans la durée pas dans le succin.



11:09 Écrit par Schatten | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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